La folie du resell

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Le resell : un vrai métier ?

Gagner sa vie en vendant de « simples » baskets ?

Acteurs incontournables de la communauté grandissante de la basket, les resellers sont de plus en plus actifs dans une période où la sneaker n’a jamais semblé aussi prisée. En plus de cette nouvelle notoriété, s’installe la pensée persistante que ces revendeurs sont responsables de beaucoup des plaies du milieu : pénurie des produits ou prix parfois exorbitants qui se pratiquent à la revente. Peut-on tout leur mettre sur le dos ?


Par où commencer...

Ce n’est clairement ni avec votre dernière paire de basket achetée chez un revendeur ou ni même avec votre plus belle paire de luxe que le marché du « resell » est prêt à vous ouvrir ses portes.

Le métier de reseller se popularise de plus en plus au sein d’une communauté de jeunes entrepreneurs prêts à tout pour se faire connaître. En effet, pour obtenir ces paires de sneakers plus rares les unes que les autres : ces derniers n’hésitent pas à recourir à tous les moyens possibles et imaginables tels que s’inscrire sur des listes de tirage au sort appelées « raffle », télécharger toutes sortes d’applications ou encore faire la queue durant plusieurs heures en espérant être arrivé parmi les premiers.

Après avoir survécu à tout cela, il existe plusieurs stratégies de vente : certains achètent en grande quantité et revendent instantanément tandis que d’autres attendent que la paire se fasse de plus en rare sur le marché en gardant ces dernières intactes et neuves tandis qu’elles prennent de la valeur et les vendre à un prix bien plus élevé.

Fluctuation des prix au cours du temps de la célèbre Air Jordan 1 x Off white
Selon plusieurs analystes, on estime une valeur spéculative de plus de 250% du prix de ces sneakers entre le prix d’achat et celui de revente.

La poule aux oeufs d’or

Tout cela vous semble absurde? Voici une bonne nouvelle : il n'est pas nécessaire d'être un sneakerhead pour réussir dans le marché. "Aujourd’hui, les sneakers sont considérées comme une marchandise à part entière", déclare Ron Raichura, fondateur de Crep City.


Pour les collectionneurs les plus avertis, la revente de sneakers est une vraie carrière en soi - et elle est bien rémunérée. "Vous pouvez gagner votre vie en revendant des baskets", explique Jasmin Miller, porte-parole de l'association de revente de chaussures GOAT. "En 2017, nos meilleurs vendeurs ont vendu chacun plus de 2 millions de dollars de baskets. Fin 2018, ces mêmes vendeurs avaient chacun vendu pour plus de 10 millions de dollars au total. Un très grand marché cherche continuellement à acheter ces objets de désire que sont les sneakers, et celui-ci ne fait que croître".

"Il y a au moins une poignée de chaussures tout au long de l'année qui se vendent immédiatement 5 à 10 fois la valeur du prix d’achat dit « retail », et beaucoup plus qui se vendent 3 à 5 fois plus cher. Ce sont généralement celles pour lesquelles de nombreuses personnes participent à des « raffle » ou campent pendant le week-end entier parfois. Mais si vous mettez la main dessus, c'est comme si vous gagniez au loto".

Les conseils d’un Pro du resell

Sam Kersh, alias @sneakersocialite, est l'un des revendeurs de sneakers les plus populaires sur Instagram, comptant plus de 150 000 followers : son conseil vaut donc la peine d'être écouté. "On peut trouver des sneakers rares de toutes sortes de façons : lors de sorties généralisées, auprès de revendeurs, de fournisseurs du secteur, d’évènements etc.", dit-il. Quant à la façon dont il gagne sa vie, il s'agit d'utiliser les outils déjà à votre disposition : "J'utilise surtout les groupes Instagram, eBay et Facebook pour vendre mes articles ", dit-il.


Un marché en expansion continue ...

Ainsi, avec une solide base d'investisseurs passionnés, une source croissante d'approvisionnement et d'authentification, le marché du « resell » :
1) Gagnent des primes de liquidité.
2) Fournis une diversification non corrélée aux classes d'actifs traditionnels.
3) Obtient des caractéristiques très favorables concernant les enjeux “risques/gains » 
Évolution du marché du « resell »

Un peu plus d'un an s'est aujourd’hui écoulé depuis que l’institut de sondage «Cowen Equity Research» a classé le marché de la sneakers comme une classe d'actifs alternative émergente. Depuis lors, ces produits de consommations surréalistes se sont fait une réelle place dans la tête de consommateurs passionnés aux âges multiscalaires, mais le marché lui-même est devenu acteur au sein de l’économie mondiale. Les analystes de la Cowen Equity research estiment que celui-ci pourrait atteindre 30 milliards de dollars d'ici 2030.

 

Évolution des marchés de la sneakers contre celui des chaussures de ville au fil des années.

 


En 2019, il a été estimé que le marché mondial total de la sneakers s'élevait à 100 milliards de dollars. Le marché spéculatif du resell compte pour lui seul un total estimé à 21 milliards de dollars soit plus de 25% du marché mondial des ventes de sneakers !

Un breakdown en période de crise ?

Covid-19 : Un marché exponentiel même en période de crise ...


John Kernan, analyste chez Cowen, a déclaré à Yahoo Finance que le marché de la revente de baskets s'est accéléré pendant la pandémie COVID-19.

"Je pense que les sneakerheads se sont davantage impliqués à mesure que le COVID-19 a pris de l'ampleur", a-t-il déclaré. "Il y a de nouveaux clients. Ils acquièrent de nouveaux consommateurs. C’est une grande première. Je pense que lorsque vous parlez de prix de valeur marchande, ce n'est pas une simple tendance. Les « tendances » à proprement parlées sont être accessibles et mêmes bons marchés ou axées sur les tendances généralisées. Elles ne peuvent se contenir dans une catégorie d’articles allant parfois jusqu’à plusieurs milliers de dollars : c’est un mode de vie."

 

2020 : L’émergence de nouveaux marchés


La revente de sneakers créée de nouveaux marchés et services dont les marchés en ligne et plateforme de E-commerce telle que StockX : fondé il y a seulement 3 ans par deux passionnés de sneakers, cette application est l’incarnation du marché boursier au sein du monde spéculatif de la sneakers. Ces derniers ont récemment annoncé un tournant majeur marquant le début d’une nouvelle page : en effet, l’entreprise vient d’être évaluée à plus d’1 milliards de dollars à la suite d’une levée de fonds de 110 millions de dollars subventionnée par 3 grandes entreprises de « capital development ». Cette croissance impressionnante devrait ainsi perdurer dans les années à venir. C’est en tout cas ce que souhaite la nouvelle direction de l’entreprise. En effet, ce n’est autre que l’ex-PDG d’E-bay : Scott Cutler qui vient de reprendre les chaînes de la direction et déploie son ambition « d’étendre la portée de la plateforme et d’élargir son offre a davantage d’utilisateurs afin d’obtenir l’accès à un marché authentique, transparent et anonyme ».
 

«La Hype»

Le principe de l’offre et la demande


Un exemple de cette transition est la sortie prochaine de la Nike SB Dunk Low Grateful Dead ornée des célèbres ours dansants et des couleurs psychédéliques du groupe de rock légendaire. Ce genre de sorties exclusives dénommées «Drop» sont diffusées en quantités cruellement limitées, Ainsi, elles ne sont certes pas des plus rentables pour Nike directement. Cependant, elles maintiennent l'excitation de la marque à un niveau jamais atteint : c’est ce qu’on appelle la «Hype»

"Leur plus grand défi est de contrôler l'offre et la demande. Si jamais un produit est trop accessible et que vous sur-produisez le marché, le marché du resell et l’ensemble des sneakerheads ne considère plus avec autant d’attention la sortie en question “.

 

Un commerce qui profite à tous

Une valeur ajoutée pour les plus grandes marques de baskets :

Il s’est avéré que l’ampleur de nombreuses marques ont su bénéficier de ce nouveau marché qu’est le resell, mais comment ?


Un rapport annuel a pu être fait au cours de ces 5 dernières années concernant la corrélation entre le marché du resell et celui du marché dit «primaire» de la vente de baskets. Ainsi, le constat est tel que (notamment auprès des grandes têtes du marché que sont Nike et Adidas), ces derniers ont connus une expansion progressive et quasi exponentiel de leur marque tant bien sûr le plan de la notoriété que sur le plan monétaire.
 
Ainsi, avec sa mémorable Virgule, Nike a connu une hausse de plus de 50% de son chiffre d’affaire sur ces 5 dernières années. À travers ces nombreuses collaborations et événements organisés, le géant de la sneakers a su grandement s’imposer au profit de ce nouveau marché qu’est celui du “resell”.
 
La marque aux trois bandes ne manque pas à la règle : après de nombreuses années en déclin financier, Adidas a su complètement se réinventer grâce à sa collaboration avec le rappeur américain Kanye West et sa fameuse “Yeezy” déclinée en de nombreux coloris, aujourd’hui connue de tous. En cela, depuis 2015, Adidas nous a fait paraître un visage nouveau, forgé sur la base de cette génération naissante.

Un nouveau format : le e-commerce

Une nouvelle source de rentabilité pour l’ensemble du marché de la sneakers


La conversion vers un format de vente en ligne est une source de prospérité tant pour le marché du « resell » que pour les marchés primaires. De nombreux analystes estiment que Nike, Adidas et d'autres vont générer une croissance plus rapide à mesure que les unités seront vendues directement sur leurs plateformes e-commerçante. Ainsi, ce type de format pourrait représenter 31 % des ventes de la marque au swoosh d'ici l'année 2024 et jusqu’à 54 % d'ici l'année 2034.


Bien que cela semble parfois être une course entre les deux grands de ce monde que sont Nike et Adidas, le marché montre que d'autres marques peuvent également marquer le terrain. Kernan affirme que la marque New Balance commence à prendre de la valeur auprès de cette vague d’engouement : ce qui montre que les sneakerheads réagissent au format de la spéculation s’élargissant de plus en plus sur le retour de certaines marques et collaborations à l’origine non affectées à ce marché.

« Le format d’achat en ligne se fait lui aussi une réelle place dans le monde de la sneakers et pourrai représenter plus de la moitié des ventes totalisées d’ici 15 ans »
 

L’art et la sneakers

L’art au service de la sneakers et du streetwear


La simple paire de basket a parcouru un long chemin. Au cours de son dernier siècle d'histoire, elle est passée d’une paire de chaussure apte à courir sur la piste du stade de l’école à un objet d’art dépassant toute attente. Cependant, une chose est restée la même : la sneakers a toujours été axée sur le battage médiatique et il n'y a pas de meilleur moyen de susciter le battage médiatique que d'obtenir un grand artiste derrière votre marque.
 
Par exemple, la Superstar d’adidas ne serait pas la chaussure légendaire qu'elle est aujourd'hui sans le mythique groupe Run DMC ayant eux-mêmes intitulé un de leur single « My Superstar » en hommage à cette dernière.
 
On retrouve ainsi aujourd’hui de par cette même expansion, un nombre invraisemblable de collaborations entre : grands artistes et marques de sneakers et streetwear. On retient ainsi dans l’univers musical : la collaboration phare entre le rappeur américain Travis Scott et la marque au swoosh ou encore le sculpteur et graphiste Kaws associé depuis de longues années à la filiale Air Jordan. Enfin, nous pouvons citer plus récemment la collaboration de l’excentrique génie japonais Takashi murakami et la bien connue marque New-Yorkaise Supreme dans le cadre de la lutte conte la Covid-19 à travers la sortie d’un T-shirt exclusif.

Une évolution continuelle : le profit d’un nouveau tournant

La croissance décuplée d’un marché qui en laisse rêver plus d’un ...


Kernan souligne qu'une base de consommateurs élargie et une offre bien gérée ont été parmi les catalyseurs de la croissance au sein de l'industrie de la sneakers et du marché du « resell ».

"Le nombre de sneakerheads ne cesse d’augmenter : On en dénombre bien plus à cette période de l'année qu'il n'y en avait l'année dernière", a-t-il déclaré.

"De nouveaux clients arrivent sur le marché de jour en jour. Grâce à cette nouvelle analyse marketing, les marques l’ont bien compris : une offre toujours plus limitée, face à une demande ne faisant croître incite ainsi à une augmentation du désire de rareté entraînant alors une spéculation des prix du marché appelée: ”Resell”"
Article rédigé par Solal Fima.